La mise bas

Ainsi que de nombreux éleveurs en ont malheureusement fait l'expérience, la mise bas constitue une étape cruciale pour la survie du chiot : la mortalité est toujours importante (10 à 12 % des chiots), et les risques de complications souvent fréquents.
Pour l'éleveur, il s'agit donc d'un moment essentiel, à ne rater sous aucun prétexte, afin de pouvoir assister la mère en cas de besoin. Cependant, à moins d'être en permanence aux cotés de la chienne, il est bien difficile de prévoir quand doit débuter la surveillance attentive.

  • La mise bas
  • La naissance du chiot
  • Le chiot coincé
  • L'absence de contractions
  • Les dangers de l'ocytocine

La mise bas

Les signes du terme

  • Si l'on prend comme repère le jour de la saillie, la durée de la gestation varie de 57 à 70 jours, alors que si l'on se réfère au jour de fécondation (48 heures après l'ovulation), la gestation a une durée quasi-constante de 59 à 61 jours.
    La réalisation d'un suivi de chaleurs attentif (dosage de progestérone) permet donc une meilleure appréciation de l'approche du terme.
    La fin de la gestation se traduit également par des modifications hormonales, ainsi que des signes physiques et comportementaux qu'il convient de connaître pour mieux les déceler et les interpréter.

Prévoir la mise bas par la prise de température.

Comment savoir que les chiots vont bientôt naître ?

  • Au cours de la dernière semaine de gestation, prenez la température rectale de votre chienne, deux fois par jour.
  • Le premier symptôme du travail qui commence est une chute de la température de la mère, de 38,5ºC à 37ºC - la température peut varier légèrement d’une chienne à une autre-.

Signes comportementaux

  • A l'approche de la mise bas, la chienne devient souvent nerveuse et agitée : elle halète, paraît anxieuse, s'isole ou au contraire ne quitte plus son maître et cherche parfois à confectionner un nid en grattant le sol.
    Même si ces modifications comportementales dues aux contractions utérines croissantes sont des signes qui ne trompent pas le propriétaire averti, leur intensité et leur durée variables d'une chienne à l'autre ne permettent pas de prévoir avec une précision suffisante le début du travail.

Signes physiques

  • La montée de lait, le relâchement et la tuméfaction de la vulve, l'écoulement de la glaire cervicale et la chute de la température rectale ne constituent malheureusement pas de bons marqueurs de l'imminence de la mise bas : ce sont des indices parfois trop précoces, sinon souvent fugaces ou inconstants.
    A l'inverse, l'apparition de pertes de couleur verdâtre au niveau des lèvres vulvaires signe le décollement du placenta et se produit de quelques minutes à quelques heures avant la naissance du premier chiot (le pigment vert, ou utéroverdine, étant dû à la dégradation de l'hémoglobine au niveau du placenta).

Dosage de la progestéronémie

  • Au terme de la gestation, la chute du taux sanguin de progestérone, en concomitance avec une augmentation des œstrogènes, induit une augmentation du taux de récepteurs à l'ocytocine au niveau du myomètre : cela permet ainsi à l'utérus de se contracter pour l'expulsion des chiots.
    Le dosage du taux sanguin de progestérone est actuellement le moyen le plus fiable et le plus précis pour détecter la fin de la gestation chez la chienne : la progestérone atteint un niveau basal entre 14 et 34 heures avant la mise bas selon les chiennes.
  • si le taux mesuré est supérieur à cette valeur basale, on peut affirmer qu'il n'y aura pas de naissance avant au moins 14 heures, et l'on peut encore augmenter ce délai si la progestérone est nettement plus élevée.

Le dosage du taux sanguin de progestérone est donc indispensable lorsque l'on envisage de faire une césarienne.
Il est en effet impératif de ne pas intervenir trop tôt pour que les chiots soient viables (une prématurité, même légère, entraînant chez le chiot un déficit respiratoire souvent fatal).
Dans les races pour lesquelles la césarienne est souvent de règle, voire quasi-systématique (Bulldog anglais ou Bouledogue français, par exemple), on a ainsi constaté qu'un bon suivi de la chute du taux de progestérone augmente considérablement les chances de survie des chiots.

La naissance du chiot


La durée de la mise bas est extrêmement variable d'une chienne à l'autre et dépend de multiples facteurs comme :

  • le nombre et la taille des chiots.
  • la race de la chienne.
  • son état de santé.
  • le fait qu'elle ait déjà porté ou non.

De façon générale, la mise bas dure de 4 à 8 heures, avec des extrêmes pouvant atteindre 24 à 36 heures pour une chienne primipare.

La durée de l'expulsion d'un chiot est également variable, de quelques minutes à une heure et demie, le passage du premier nouveau-né étant souvent plus long que les suivants.
Le délai moyen entre l'expulsion successive de deux chiots est de 20 à 30 minutes.
Cette phase de repos ne doit pas excéder 3 ou 4 heures.
Les délais d'un accouchement normal sont donc extrêmement variables.
Retenons toutefois que lorsqu'un délai de plus de 2 heures sépare la naissance de deux chiots successifs, il est préférable de demander sans plus tarder un avis médical.

Le chiot coincé


L'une des premières complications de la mise bas pouvant entraîner une mortalité importante est l'obstruction, au niveau du vestibule (partie postérieure du vagin) ou de la vulve.

Celle-ci peut être due à la taille trop importante du nouveau-né:

  • présence d'une portée peu nombreuse avec un ou deux chiots.
  • à une vulve " barrée " ou insuffisamment dilatée de la mère.
  • à une malformation du bassin (séquelle de fracture, rétrécissement…).
  • Elle peut enfin être liée à l'existence d'une malposition.

Le diagnostic de l'obstruction devra être posé rapidement : en effet, les contractions utérines réitérées ont pour conséquence le "décollement" progressif des placentas des chiots restants qui sont alors moins bien oxygénés et commencent à s'affaiblir.
Si l'on tarde à intervenir, ils risquent de naître trop faibles pour pouvoir survivre, sinon leur développement sera compromis.

Lorsque l'engagement du chiot dans la filière pelvienne est déjà bien avancé, il devient alors urgent de le sortir (il est généralement trop tard pour attendre le vétérinaire).
Les tractions seront alors exercées vers le bas et vers l'arrière, la chienne devant être maintenue debout.
Dans 60 % des cas, le chiot naît en présentation antérieure, c'est-à-dire la tête la première : les membres sont alors allongés de part et d'autre de la tête qui servira de point d'appui pour les tractions. Lorsqu'il s'agit d'une présentation postérieure (40 % des cas), les membres seront préférentiellement saisis au niveau de la corde du jarret. Les tractions ne seront bien évidemment exercées que lorsque la chienne entame de nouvelles contractions.


Ces manœuvres obstétricales doivent être effectuées avec l'hygiène la plus stricte afin de ne pas augmenter les risques de métrite post-partum, menace toujours présente lors d'une mise bas longue et difficile.
Le port de gants stériles, ainsi que le nettoyage et la désinfection de la région vulvaire sont plus que conseillés. La solution idéale serait de tondre la région de la vulve et de la nettoyer avec un savon gynécologique avant toute mise bas, ce qui limiterait également les risques d'infection de l'appareil génital de la chienne en lactation.

Si ces manœuvres échouent, l'unique solution est le recours à la chirurgie, car la vie des chiots est rapidement menacée.
Si l'obstruction se situe au niveau vaginal, le vétérinaire optera pour une épisiotomie sous anesthésie locale, c'est-à-dire une incision du périnée dorsalement à la commissure vulvaire (cette intervention est très bien supportée par la mère et sans conséquence sur son avenir reproducteur). Si l'obstruction se situe plus haut, seule une césarienne pourra sauver la vie des chiots.

L'absence de contractions


Certaines chiennes sont prédisposées à une atonie du myomètre : les chiennes de petit format (Yorkshire, Caniche nain, Petits lévriers) et certaines races de grand format (Mastiff, Montagne des Pyrénées, Dogue allemand), les "vieilles" primipares (première mise bas après l'âge de 5 à 6 ans), ou encore les chiennes obèses, ou nerveuses, ont des contractions utérines insuffisantes pour l'expulsion des chiots, alors que ceux-ci sont de taille normale et les voies génitales normalement dilatées.
On parle alors d'inertie utérine primaire : les premières contractions sont faibles et diminuent progressivement, l'expulsion d'un ou deux chiots peut avoir lieu au début d'une mise bas en apparence normale.
Le même problème peut être observé, sans prédisposition de race, dès lors qu'il existe un très grand nombre de fœtus : l'utérus s'épuise après la naissance de la moitié ou des deux tiers de la portée.

Du point de vue symptomatologique, l'inertie utérine secondaire représente une situation assez proche de l'inertie primaire : du fait d'une obstruction, la chienne a d'abord présenté de fortes contractions, douloureuses et improductives, puis a cessé de pousser.

Les dangers de l'ocytocine


De nombreux médicaments à visée obstétricale sont souvent utilisés par les éleveurs, au premier rang desquels la fameuse ocytocine. Malheureusement, nombreux sont les éleveurs qui en possèdent dans leur pharmacie avant une mise bas "au cas où des difficultés surviennent", et qui ne prennent pas toujours l'initiative de l'utiliser de la bonne façon : les conséquences sont parfois très graves.

 

  1.  La chienne doit être à terme
    L'ocytocine est une hormone secrétée par la post-hypophyse au moment de la mise bas, et qui déclenche les contractions utérines dès lors que le taux de progestérone est descendu à son niveau basal. Tant que le taux de progestérone est supérieur à ce niveau, l'ocytocine ne dispose pas d'un nombre suffisant de récepteurs au niveau du muscle utérin.
    En d'autres termes, contrairement à une idée parfois reçue, l'ocytocine est inefficace pour déclencher des contractions de l'utérus si la chienne n'est pas à terme. De plus, cette hormone puissante ne possède aucune action sur l'ouverture du col de l'utérus : il est donc dangereux de l'administrer en injections pour déclencher le travail sans avoir vérifié auparavant que le passage des fœtus est possible.
    Si l'éleveur tente de déclencher l'accouchement avec de l'ocytocine alors que le col n'est pas complètement ouvert, même si la chienne est pratiquement à terme, l'utérus va se contracter, les placentas des chiots, nécessaires à leur oxygénation, vont commencer à se décoller, mais aucune naissance ne sera possible : l'injection d'ocytocine provoquera alors l'asphyxie de tous les fœtus.
    L'examen gynécologique chez la chienne ne permettant pas la visualisation du col utérin, hormis le cas de chiennes de grand format chez lesquelles un examen endoscopique est envisageable, il est conseillé de ne jamais administrer d'ocytocine à une chienne tant qu'un premier chiot n'est pas déjà né, ou au moins engagé dans le bassin.

  2. Ne pas augmenter les doses
    L'utérus se contractant toujours sous l'action de très faibles doses d'ocytocine, il sera inutile d'utiliser de fortes doses de cette substance pour obtenir des effets lors de l'accouchement : l'administration de 2 à 4 unités par chienne, quelque que soit la taille, toutes les 20 à 30 minutes nous semble très largement suffisant. Toutefois, il ne faudra pas dépasser un maximum de 3 à 4 injections sur l'ensemble de la mise bas ; lorsque l'on n'obtient pas la naissance d'un chiot après 1 ou 2 injections d'ocytocine, il est également conseillé d'attendre au moins une heure avant de renouveler les injections.

Si l'ocytocine est utilisée à trop fortes doses, ou à intervalles trop rapprochés, l'ensemble des récepteurs à ocytocine sera saturé : l'utérus ainsi désensibilisé ne sera plus capable de se contracter suffisamment pour permettre l'expulsion des chiots.
Ainsi, il est inutile, voire dangereux, d'utiliser de l'ocytocine sur une chienne qui accouche normalement.

Malheureusement, certains éleveurs utilisent des injections d'ocytocine sur des chiennes qui accouchent lentement mais dans d'excellentes conditions, croyant ainsi pouvoir accélérer la procédure, et provoquent une inertie utérine secondaire les obligeant à faire pratiquer une césarienne.
Enfin, l'administration de doses excessives d'ocytocine peut entraîner des ruptures de l'utérus lorsqu'il existe une obstruction trop importante.